Iranien : expérience scientifique ou religieuse ?

En Iran, le réalisateur Mehran Tamadon tourne sa co-habitation de 48h avec 4 mollahs. Aux prémices de ce moyen métrage, la difficulté était la réunion de partisans de la république islamique acceptant de se faire filmer. Loin d’être un réality show, ce documentaire a pour cible des questions religieuses qui limitent ou entravent les libertés collectives et individuelles.

Les repas s’enchainent, saupoudrés de blagues entre camarades. Vivre ensemble, certes, le débat est toujours sensible et n’explique pas le problème majeur. Comment parvenir à un accord universel si l’un ne peut concevoir la laïcité et l’autre l’application à la lettre des pratiques expliquées dans le Coran?

Les autres aspects minimes font leurs apparitions. Le débat emprunte l’habit patriarcal. En effet, le rôle des femmes est remis en cause ainsi que leur place dans l’espace publique. Le documentaire se clôture par une longue discussion sur ce que désire chacun, et si cela est juste de l’inclure ou non dans l’espace publique. La représentation de liberté d’expression et de pensée individuelle sont remodelées. Nous découvrons alors la représentation unique à chacun des personnages malgré l’application collective de règles religieuses.

Expo  » Toujours l’aurore »

«Cher Toi,

Je découvre une cicatrice, je l’écarte d’un peu et voici qu’elle m’emporte. La mémoire à fleur de peau comme un bouquet d’épines aux pétales envolées. Verser le sang pour la tenir ou courir le vent pour retrouver son parfum. Jamais la mémoire n’a enseigné le présent.

Cher Moi,

J’ai grand besoin d’apprendre à être moins tendu, si souvent j’ai voulu te confier le soin de mon apaisement. Et me voilà à attendre, espérer, te cédant les clés de mon bonheur, alors que si souvent le tien aussi venait à t’échapper. Cesser de vouloir être pour naître soi, tout rêve de cristal finit en mensonge qui éclate. L’attente d’un jour meilleur est l’aveu des imbéciles. Ne fuis pas tes enfers, le paradis est dessous. »

Les ténèbres précèdent l’aurore. Jean-François Spricigo présente la vie à travers un support figé, dénué de couleurs mais non moins d’émotions. La photographie camouflée par le noir et blanc. Cette exposition reflète une mélancolie qui semblerait être en concordance avec le dehors, qui se refroidit peu à peu. Morbide croyez-vous.

La photographie serait alors un cimetière au regard du temps passé donnant ainsi toute l’importance au présent. Pourtant les oeuvres de l’artiste sont en mouvements constants, drôle pour un support dit immobile. Il capture ainsi le quotidien. Rien n’est épargné : humains, paysages, animaux, ni même l’espace, le vide tant évité. La photographie se révèle être, selon l’auteur-artiste, un moment instinctif. L’instinct est figé sur des tonds obscures et lumineux à la fois. Les photographies sonnent alors le premier espoir de l’aurore.

Move your Brain : Expo Intromissiones au 104

Nous nous promenons dans le corridor artistique, déformé ou plutôt redressé par Aitor Ortiz. L’artiste espagnol propose des clichés de paysages, immeubles, façades, sortis du nulle part. Où sommes-nous en regardant les oeuvres ponctuées de noir et de blanc ?

Un nouveau décor s’installe, le spectre de la lumière attirant l’oeil du spectateur. Nous rentrons dans l’obscurité. Dans cette nouvelle pièce, Aitor Ortiz met en place des grilles noires dotées de néons paradisiaques. Notre cerveau bouillonne, se demandant ce que sont les oeuvres présentées. Plus nous nous rapprochons, plus notre vision se voit troublée. Notre cerveau perçoit une autre chose. Une oeuvre autre. Est-ce donc l’ultime vérité ?

Poursuivons notre chemin, et perdons nous dans le labyrinthe sans fin élaboré par l’artiste. L’art 2.0 s’achève en architecture. Immeubles semi-construits, les couleurs se subliment avec des prises de vues inédites.

L’oeil se perd et perdure dans sa vision la plus dérangeante en parcourant le désordre ordonné que créé Aitor Ortiz. Nous nous perdons dans les visions de paysages en trois dimensions. Nous réalisons alors que ce ne sont qu’une représentation d’immeubles existants en forme de paravents. Sauvés, pensons-nous ! L’oeil se tord à l’image de nos neurones qui se ré-organisent comprenant une nouvelle perception. Et cette fois-ci pour de bon.

BILL VIOLA

Bill Viola – Rendez-vous au grand palais, exposition éphémère jusqu’au 21 Juillet 2014.

Nous nous rencontrons dans le monde de Bill Viola, grand maître de l’art vidéo, voulant sauvegarder l’instant présent. Ennuyeux pour les uns, onctueux pour d’autres, le grand palais tape fort dans sa sélection. Plongés dans le noir, écrans uniques, doublés, faisant échos aux sons agressifs ou/et doux; lointains ou rapprochés, le grand maître du ici et maintenant 2.0, ralentit, accélère, floute, zoome les images colorées, coloriées de noir et de blanc. Forêt tantôt lyrique, tantôt interrogative; flamme, terre, air, eau; sentiments rassurants ou oppressants, l’artiste touche à son but premier: nous permettre d’avoir une présence absolue à la lumière de ses oeuvres.

Les images extérieures peuvent apaiser nos fors intérieurs, renvoyant ainsi à la méditation. Regarder attentivement les mouvements, les formes évasives, les personnages fuyants dans le reflet de l’autre (Surrenders), sans les comprendre, mais, uniquement en les ressentant. Ecouter les sons lointains provenant de la belle forêt enchantée, filmée, délimitée par ses cours d’eau, reflétant des sonorités paisibles (Reflecting pool two). Ou, au contraire, écouter attentivement la concordance du silence et des bruits (Sleep of reason). Inquiétants, murmuraient-ils. Crispations, tremblements, fuyons vers la suite de l’exposition.

La vie oppose la mort. C’est par cette idée, que le génie Viola a fait le choix de contredire un des principes de la méditation ancienne. Les grands maîtres avoueront que seulement la naissance est l’opposition de la mort. Une fin et un début s’opposent, la vie n’en est que le contenu. Le moment présent reflète continuellement le souffle, la vie. Ici, il ne peut avoir d’opposition. Cette gigantesque tentative de saisir la vie à son mouvement, est grandement observable dans « nine attempts to achieve immortality ». Un homme coupe sa respiration fois neuf. Les pensées s’envolent et la mort se rapproche. Nous sommes plongés dans un maelström de vie à l’état pur, dans l’ici et maintenant. Puis, l’homme reprend quelques gorgées d’air et se re-prolonge dans les prémices océaniques du souffle coupé, quasi-mortel. Et ainsi de suite. Sommes-nous véritablement dans l’obligation de retenir cet air si précieux, afin de nous rapprocher du néant et d’être véritablement présent? Nous pouvons. Nous pouvons simplement, avoir une attention et une concentration à la vue des détails, à l’observation des images en mouvement ou aux sons frappants nos tympans. Une unique chose à la fois pour vivre l’oeuvre Bill Viola à son apogée, et, avoir une chance d’appartenir au moment présent.