Interview avec Voiski

Voiski est un musicien français. Luc – de son vrai prénom – commence à cultiver sa passion dès l’âge de 16 ans. Il sort son premier EP en 2009 (sur le label Groomrecords ), puis, en 2012, le premier EP Unforeseen Alliances 1/3 de la trilogie signée chez Construct Re-form. En 2013, il se lance chez L.I.E.S puis continue chez les respectés Dement3d et Dekmantel Ufo Series. Dans le cadre du Red Bull Music Academy Festival à Paris, Voiski présentera ce samedi son premier LP Disconnections, Music For Clouds, sorti sur son nouveau label : Super 95. Zoom sur un nouveau projet.

SALUT VOISKI. TU ES ACTUELLEMENT EN TOURNEE AUX US. COMMENT CELA SE PASSE ?
J’ai passé deux semaines aux Etats-Unis pour jouer à New York, Los Angeles, Seattle, et enfin à Philadelphie où j’ai joué dans une salle de bikram yoga alors qu’un cours venait d’avoir lieu. Il faisait extrêmement chaud, mais on retrouvait cette folie rave underground qui me manque un peu dans les festivals. J’aime beaucoup NYC, sa folie, son rythme, et je recommande à quiconque de s’arrêter à The Things, le disquaire tenu par Willie Burns qui regorge de trésors soul disco et pop des 80’s.

COMMENT SE SONT DEROULES TES PREMIERES SORTIES ?
Quand j’étudiais à l’école des Beaux Arts de Cergy, je fabriquais mes choses de mon côté et les publiais sur Myspace. Pour le disque Cc/cp (paru sur Groom Records), j’avais rencontré les gars sur Myspace. Ils m’avaient proposé de sortir un disque sur leur nouveau label. J’ai accepté avec grand plaisir. Pour Unforeseen Alliances (signé sur Construct Re-form ), j’ai rencontré Zadig chez le disquaire Syncrophone, je lui ai envoyé quelques morceaux dont la track « Ad-infinitum ». C’était le début d’une amitié et d’une série de trois disques, dont le prochain va bientôt voir le jour. Je peux clairement dire que « Ad-infinitum » a été le tournant de ma carrière. Je me rappelle en 2012, un ami m’a envoyé une vidéo de Derrick May dans un club au japon en train de jouer ce morceau. C’était un moment important pour moi, même si je n’étais pas présent.

TU AS COLLABORE AVEC LE LABEL L.I.ES. A TROIS REPRISES : IAI MOVEMENT EN 2013, CULTURE TO TRASH EN 2014, UNTITLED SUR RUSSIAN TORRENT EN 2016. AJOURD’HUI TU AS CREE TON LABEL SUPER 95. VAS-TU T’ELOIGNER DE CE STYLE INDUSTRIEL/NOISE ?
La première fois que j’ai entendu un disque du label L.I.E.S., c’était celui de Steeve Moore, joué par Marcel Dettmann. J’étais allé discrètement regarder le macaron du disque, et j’ai lu ces quatre mots magiques « LONG ISLAND ELECTRONIC SYSTEM ». Avec Ron, nous avions un ami en commun, de fil en aiguille, j’ai sorti trois EPs sur L.I.E.S. Chaque Label a sa patte, son (ses) son(s), son image, et je ne tiens pas du tout à m’éloigner d’un style. Je crois que la plupart des producteurs, des musiciens, des artistes en général n’ont pas une pratique uniforme, mais différentes sources d’inspirations, de facettes, et c’est en ça que c’est intéressant de travailler avec plusieurs labels, chacun permet de mettre en avant un style particulier.

Par rapport à mon nouveau label Super 95, c’est une structure que je garde pour une de mes facettes, des projets un peu atypiques, plus liés à une pratique artistique, qu’aucun label ne peut mettre en valeur car ce ne sont pas dans leur ligne éditoriale. Donc, oui, cela va différer par rapport à mes tracks techno habituels. Ce sont deux processus complètement différents. Ici, j’aimerais que Super 95 puisse offrir une liberté de création – au sens large du terme -aux artistes invités et à moi-même.

SOUS ENTENDS-TU QUE SUPER 95 EST UN LABEL PLURI-DISCIPLINAIRE ?
J’ai effectivement envie de pouvoir entremêler plusieurs arts entre eux quand cela a du sens. Mettre en lien la musique électronique avec des livres par exemple, ou de la photographie comme c’est le cas ici mais aussi l’art vidéo, ou le dessin. Je crois qu’il s’agit aussi de replacer ce type de musique dans l’histoire de l’art à laquelle elle est très attachée. Comme ligne directrice on parlera de collaborations, de dialogues entre les disciplines. Il s’agit de permettre à des artistes de créer d’autres formes de support à l’écoute et la réception de cette musique.

Moi-même, j’accorde beaucoup d’importance à la manière dont on transmet par des formes artistiques. J’ai passé cinq ans dans une école d’art où on se rend vite compte que tout a du sens. Ce n’est pas un hasard si je porte une attention particulière au choix des titres de mes morceaux. Parfois c’est un message, parfois un sentiment. Pour mon EP sur Dekmantel par exemple, I will Be Your Mapple Pecan Tonight, l’ensemble des titres du disque a été longuement réfléchi, pour que cela crée une petite histoire… Le titre est important car c’est un des moyens à travers lequel on peut saisir un morceau et sa poésie. « Ad infinitum », par exemple, est un morceau qui tend vers l’infini, avec une impression de montée perpétuelle. Il fallait un titre qui accompagne ce sentiment d’escalade. Il n’aurait pas eu le même impact, la même singularité s’il s’était appelé « Banana Split ».

PEUX-TU NOUS EN DIRE DAVANTAGE SUR TON PROCHAIN ALBLUM DISCONNECTIONS ?
C’est un LP de 10 tracks créés en avion et accompagnés d’un petit album photo. Quand on est en tournée, on passe beaucoup de temps dans les transports. Entre deux voitures, trains ou avions, il y a toujours beaucoup de moments d’attente. Je me retrouve donc souvent seul à déambuler dans les espaces car la vie de DJ ne s’arrête pas à la fin de la soirée. Je cherche à rendre visible cet état de vacuité en immortalisant le silence des entre-scènes, le vide, l’attente. Un côté dramatique exagéré ressort de quelques clichés pris avec mon vieux nikon fm2, mais la solitude ne me dérange pas en soi et j’aime la transformer, la faire passer du côté passif au côté actif. De cette manière-là elle apporte quelque chose de positif tout en partageant, de la façon la plus poétique possible, une réalité qui ne l’est pas toujours.

POURQUOI AS TU CHOISI CETTE PHOTO DE COUVERTURE ?
Cette photo est un carrefour important à Tokyo. Une ville que j’aime énormément. Elle était intéressante au niveau du cadrage, avec cette courbe et cette diagonale qui traverse l’image, cela donnait une dynamique visuelle, tout en dégageant un aspect un peu contemplatif et posé, avec cette lumière matinale et les gens qui marchent. C’était celle qui reflétait le mieux l’univers de l’album. C’était aussi celle qui se détachait le plus du lot, comme si sa place avait vraiment été pré-définie.

TU AS PRODUIS TOUTES TES TRACKS EN AVION, PEUX-TU EXPLIQUER CE PROCESSUS SINGULIER ?
Je m’assois dans l’avion je mets mon casque et je m’isole un peu du monde. Je ne vous cache pas que les moyens manquent, car je fais tout sur mon ordinateur et sachant que certains vols sont très courts, le challenge est de produire un maximum de choses en un minimum de temps. Sur cet album, ma production est entièrement numérique et j’ai eu la chance d’affiner mes morceaux au studio Red Bull à Paris. Finalement, je suis attaché aux mélodies qui s’étendent sur des petites plages. Il y a une harmonie qui peut se dessiner, ce qui n’est pas toujours le cas quand je suis en studio avec mes machines. Comme je fais essentiellement du live, je débranche et rebranche mes machines au fil des week-ends, mais ce ne sont jamais exactement les mêmes donc jamais un résultat déjà connu. J’aime travailler de cette manière-là, mais par la contrainte de la production en avion, j’ai trouvé une cohérence stylistique qui me manquait pour produire un LP.

TU VAS TE PRODUIRE EN LIVE AU RED BULL MUSIC ACADEMY SAMEDI. AS-TU PREVU UNE INSTALLATION PARTICULIERE ?
C’est une installation qui présente les différents aspects de cet album. On y retrouvera quelques morceaux du disque dans des versions étirées et spacialisées sur 24 hauts parleurs ainsi qu’une projection de diapositives et une vidéo. On y croisera aussi l’attente et l’incompréhension propre à mon expérience des terminaux aéroportuaires. Et puis de la couleur, beaucoup de couleur !

UN DERNIER MOT ?

L’émotion dans la musique, « more light » .

Interview Broken English Club – Français

Cette semaine nous sommes partis du côté de Londres à la rencontre d’Olivier Ho. Cet artiste est passé par maintes évolutions illustrées par plusieurs pseudonymes : Life, Bridland, Seeker, Raudive, Veil, Id, Zov Zov et enfin Broken English Club. Peu après son passage au festival Berlin Atonal, Olivier Ho a eu la gentillesse de nous accorder une interview. Zoom sur vingt ans de carrière.

SALUT OLIVIER. TOUT D’ABORD, PEUX TU TE PRESENTER ?
Bonjour à tous. Je suis Oliver Ho, musicien et artiste.

AU COURS DE TA CARRIERE, TU AS EMPRUNTE DIFFERENTS PSEUDONYMES. POURQUOI AS TU CHOISI BROKEN ENGLISH CLUB COMME NOM PRINCIPAL ?
Actuellement, je vis à Londres. Comme son nom l’indique, Broken English Club renvoie à l’Angleterre, un concept égaré entre mythe et fiction. La campagne, la mer, la ville… une idée de destruction et dégâts est présente. J’aime comment ce nom sonne car cette appellation renvoie aux groupes punk. Ce qu’il faut retenir à travers Broken English Club est la création d’un monde et des sentiments uniques lié à ce nom.

POURQUOI AS TU CHOISI D’ARRÊTER TES PRODUCTIONS SOUS LES NOMS DE ID ET SEEKER APRES LES AVOIR UTILISE UNE SEULE FOIS ?
Un nom reflète un monde que je créé. Chaque nom correspond a un monde spécifique et donc, va de pair avec les morceaux. Afin de décrire ce que je ressens au moment de la production, je suis obligé de choisir un nom déjà existant ou d’en créer un nouveau ( même une seule fois) pour décrire le mécanisme. C’est un peu comme si je faisais appel aux esprits au moment de produire, comme si… j’étais possédé par le personnage.

QUAND AS TU COMMENCE A PRODUIRE ?
J’ai commencé à produire quand j’avais 14 ans. Je jouais de la guitare pour composer du métal et du punk. Plus tard, j’ai été happé par l’électronique et j’ai sorti mon premier disque à l’âge de 22 ans.

TU ES PASSE DE LA HOUSE MUSIC ( NOTAMMENT SOUS LE NOM DE BRIDLAND ) à l’EBM ( NOTAMMENT SOUS LE NOM DE BROKEN ENGLISH CLUB ). PEUX TU NOUS EXPLIQUER TON EVOLUTION ?
Birdland reflétait mon amour pour le jazz ainsi que pour les sonorités africaines et la house music. J’aime toujours ces genres d’ailleurs. Birdland ou Broken English Club sont des lieux que je voulais visiter. Depuis 2001, j’ai voulu explorer différents styles, des mondes souterrains à travers mes pseudonymes. En 2015, j’ai ré-écouté la musique que j’écoutais étant ado : Godflesh, Napalm Death et Sonic Youth tout en écoutant des découvertes plus actuelles du style post punk comme Ike Yard ou Suicide. Ces inspirations m’ont conduit vers Broken English Club. Mais attention, pour moi Broken English Club n’est pas de l’EBM mais de la techno à travers le filtre du death metal et de la noise. C’est une façon de re-imaginer la techno, proche de ma définition qui me tient particulièrement à coeur.

TU AS UN LABEL DEATH & LEISURE. PEUX TU NOUS EN DIRE DAVANTAGE SUR CE PROJET ?
J’ai eu des labels par le passé, et aujourd’hui, j’ai conservé Death & Leisure, un label expérimental. J’ai pu sortir des EPs de Karl O’Connor/Regis, Veronica Vasicka, Years of Denial et ma propre musique. J’ai bientôt deux nouveaux EPS qui vont sortir. Un 12″ de years of denail et un autre d’un nouvel artiste, Maenad Veyl.

TU AS EXPLORE TELLEMENT DE MONDES DEPUIS 1999. NOUS SOMMES TRES CURIEUX DE CONNAITRE TES PREMIERES INSPIRATIONS …
Mes premières inspirations étaient beaucoup de métal et de groupes punk. Après, j’ai écouté du Brian Eno, Autechre, Seafeel, les premiers disques de Warp records, la techno from détroit, puis, des musiques tribales, africaines et enfin des percussions du Japon et du pacifique.

POURQUOI AS TU EVOLUE D’OLIVIER HO à RAUDIVE ?
Le nom de Raudive était une création psychoactive, c’est pourquoi cette musique était un peu plus lente, mais cela reste de la techno. Je voulais m’éloigner de la techno au rythme saccagé, qui était devenue trop prévisible et assez conservatrice. Ce qui compte pour moi est la nouveauté et essayer de nouvelles choses. Au fur et a mesure des années, je pense être passé par un tas de styles différents, en utilisant des sonorités différentes. Malgré mes explorations, je reviens toujours à mes classiques, à ce que j’aime au plus profond de moi. Je finis toujours par écouter ma voix intérieure.

TES EPS SOUS LES NOMS DE VEIL ET ZOV ZOV SONT EXPERIMENTAUX. POURQUOI AS TU CHOISI D’ARRETER DE PRODUIRE DE L’EXPERIMENTAL ?
Je n’ai pas arrêté de produire de l’expérimental, Zov Zov est toujours d’actualité. En fait, un nouvel album est prévu très prochainement. Et, j’aimerais souligner que Broken English Club est tourné l’expérimental, surtout la première sortie Myth of Steel and Concrete sur mon label Death & Leisure.

AS TU D’AUTRES HOBBIES ? 
Je joue beaucoup de blues à la guitare et je peins parfois.

PEUX TU NOUS LIVRER TON TOP CINQ DES LABELS ELECTRONIQUES ?
EARACHE – LIES – 4AD – BLAST FIRST – JEALOUS GOD

AS TU QUELQUE CHOSE D’IMPORTANT A PARTAGER ?
NOTHING IS FIXED-EVERYTHING IS A PROCESS ( Rien n’est fixé tout est un processus ).

NYC003 – MAX D (FUTURE TIMES RECORDS)

Pour ce troisième épisode de notre série spéciale USA, à bord de notre cadillac, nous avons pris la route direction WashingtonDC. C’est au cœur de cette capitale pourvue d’un calme profond que Max d aka Beautiful Swimmers aka Dolo Percussion accepte de nous retrouver sur la 18th St NW. Andrew Field se confie sur son enfance, ses alias et la création de son label: Future Times Records.

TU AS FAIT LES VOCAUX SUR TON PREMIER EP HIP-HOP « SCAVENAGERS » SORTI EN 2004. RACONTE-NOUS TES DÉBUTS DANS LA MUSIQUE.

Ma première expérience dans la musique remonte à la création du groupe « Food for Animals ». J’étais au lycée et le EP « Scavenagers » était le premier de tous. Dans notre crew, on aimait le rap version classique et ce sont simplement les vocaux qui nous différenciaient des autres. Chacun des MC avait son rôle. Hy aimait produire des beats futuristes, renvoyant parfois au genre noise. Ricky Rabbit faisait également de la production. Pour ma part, à l’époque, je m’occupais des vocaux. Ma partie préférée était lorsqu’on se produisait en live avec les gars. Notre son pouvait partir en hip-hop psychédélique, futuriste, une scène complètement barrée ! C’était du putain de hip-hop ! (rires). D’ailleurs, je suis très heureux quand je repense à cette période de ma vie. Par la suite, nous avons fait deux autres EPs, puis, nous nous sommes naturellement séparés.

COMMENT ES-TU PASSÉ DE LA PRODUCTION HIP-HOP À LA MUSIQUE ÉLECTRONIQUE, NOTAMMENT SOUS LES ALIAS MAX D ET BEAUTIFUL SWIMMERS?

La seule raison pour laquelle j’ai commencé à produire seul, sous le nom de Maxmillion Dunbar, puis, Max D, est que je n’avais jamais produit de musique, seulement des vocaux. Donc naturellement, lorsque j’ai commencé à produire à l’aide de machines et d’instruments, le style est devenu moins agressif et davantage léger. Plus jeune, je ne ressentais pas la même énergie quand je faisais de la musique, mais cela avait du sens. De plus, quand je faisais parti de Food for Animals, je commençais déjà à mixer avec Ary (cf: Ary Goldman, second membre de Beautiful Swimmers) du disco et de la house. Alors, quand le groupe s’est arrêté, j’ai continué mes autres projets : dans un premier temps, Beautiful Swimmers et par la suite Future Times.

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Andrew Field aka Max D pour Phonographe Corp

POURQUOI AS-TU NOMMÉ TON LABEL FUTURE TIMES?

Le refrain du track « Future times » signé Hit Man a inspiré l’appellation du label. C’est d’ailleurs ma partie préférée du morceau. Si vous avez déjà acheté un de nos disques, vous avez pu remarquer l’inscription « Things will be better in future times ». C’est le leitmotiv du label, ce refrain est inscrit sur tous nos disques. C’est une phrase en laquelle je crois. Elle évoque un côté optimiste et je l’applique énormément au quotidien.

 

POUR NOUS, L’APPELLATION FUTURE TIMES RENVOYAIT AU FAIT QUE TU AS LANCÉ DE NOUVEAUX VISAGES. COMME PAR EXEMPLE AQUARIAN FOUNDATION, PROTECT-U, MOSEY, OV ET JAPA HALI. COMMENT TROUVES-TU LES ARTISTES QUE TU AS PRODUIT OU LES ARTISTES QUE TU VAS PRODUIRE?

La plupart du temps, ce sont par des connexions, par le bouche à oreille. Quand tu déménages dans un endroit, tu rencontres les amis de tes amis ou lorsque tu voyages ton réseau s’étend. Cependant, je dois avouer que je ne travaillais pas beaucoup avec les démos, mais c’est aussi à travers ce moyen que Future Times grandit aujourd’hui. Grâce aux démos, aux connexions amicales et au bouche à oreille. Tous les moyens sont bons pour faire des rencontres et des connexions. J’aime savoir ce qu’il se passe, avoir une ouverture sur ce milieu. Par exemple, pour Japa Hali, membre de 40% Foda/Maneirissimo (à retrouver au sein du premier épisode de Basse Fréquence: BF001), un ami m’en avait parlé et je l’ai retrouvé sur leur bandcamp. C’est une des rares personnes que je n’ai pas pu rencontrer dans la réalité car il vit au Brésil. Cela a donné pourtant une belle collaboration.

BEAUTIFUL SWIMMERS

TU SEMBLES AVOIR UNE BELLE CONNEXION AVEC LES ARTISTES ET LES LABELS DE NYC. NOUS AVONS REMARQUÉ UNE SIMILITUDE EN TERME DE PROGRAMMATION ARTISTIQUE AVEC LE LABEL NEW-YORKAIS L.I.E.S. D’AILLEURS, NOUS POUVONS TE RETROUVER SUR CE LABEL, SOUS L’ALIAS DOLO PERCUSSION. PEUX-TU NOUS RACONTER LES LIENS QUE TU ENTRETIENS AVEC LE LABEL L.I.E.S ?

En 2013, j’ai sorti un premier ep «  Dolo Percussion » sur L.I.E.S.. Avec Ron, (cf: Ron Morelli) nous sommes amis depuis un moment. Avant que chacun d’entre nous ne rencontre le succès, on faisait exactement la même chose. J’allais à NYC et on jouait dans des soirées. Je dois dire qu’avec Ron, nous avons une espèce de connexion spirituelle. Lorsque nous sommes partis en tournée Ron, Ary et moi (sous l’alias Beautiful Swimmers) et Novamen pour le label Viewlexx, la « soul connexion » a pu grandir. Par cette expérience, j’ai ressenti un élargissement de ma sphère. Le monde est devenu plus grand, les possibilités infinies. Enfin, pour finir, même si on n’avait pas eu de succès avec Ron, on serait dans notre coin à faire toujours la même chose : de la musique. Dans le fond, c’est une histoire d’amitié et de fun.

EN PARLANT DE SCÈNE INTERNATIONALE, TU AS JOUÉ AU DEKMANTEL FESTIVAL (SOUS L’ALIAS BEAUTIFUL SWIMMER) ET TU FAIS BEAUCOUP DE SCÈNES EN CLUB. QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE JOUER EN CLUB ET EN FESTIVAL?

Je ne trouve pas de réelle différence entre jouer en club ou en festival car je fais la même chose: je joue de la musique. Avec Ary, nous ne prévoyons pas vraiment ce que nous allons jouer. Nous passons des morceaux que nous aimons au moment venu, et nous voyons ce qu’il se passe. Quand tu joues en club, spécialement en petit club, tu peux jouer ce que tu veux. Tu peux jouer des disques complètement fous, des choses plus créatives. Si les gens sont encore là avec toi quand tu joues ce que tu veux, tu as soudain un élan de liberté. Et, la liberté est un des sentiments les plus beaux qui puisse exister. Tandis que pendant un festival, il faut souligner la massivité du public. Si deux mille personnes sont confuses par rapport à ta musique, ce n’est pas forcément négatif. Il faut savoir les toucher, les bouger, d’une manière ou d’une autre. Quand tu y arrives, sur un plus gros public, c’est merveilleux. La liberté est d’autant plus fracassante. Enfin, la différence entre club et festival ne se trouve pas par rapport à la taille du public, mais par rapport à l’impact que tu vas avoir sur la foule. Quand tu joues depuis longtemps, quand tu as différents styles, toutes les scènes, petites ou grandes peuvent te permettre d’avoir un rapport au public. Et, chaque scène, peu importe sa taille, est une belle opportunité.

TU AS JOUÉ À LA ROTONDE POUR PHONOGRAPHE CORP EN 2015. PEUX-TU NOUS DÉCRIRE L’ATMOSPHÈRE DE CETTE NUIT?

Si ma mémoire est bonne, c’était à l’occasion de la fête de la musique. Le club était cool, on a passé un très bon moment avec Ary et Brian (Awesome Tapes From Africa). J’aime tellement Paris, si vous saviez. A Paris, les gens ne parlent pas anglais et s’en fichent royalement. Personnellement, je trouve cette attitude cool. Les gens sont cool, l’énergie est cool. Tout le monde est super bien habillé et tout le monde danse. Comme vous l’aurez compris, en un mot Paris est… cool. Si je vais à Paris, il faudrait que je pense peaufiner mon look, pourquoi pas trouver un t-shirt ou une paire de chaussures, mais… cool! ( rires)

« IL FAUT SAVOIR TROUBLER LE PUBLIC »

A PRÉSENT, NOUS ALLONS PARLER DE SUJETS DAVANTAGE PERSONNELS. TON PÈRE EST MUSICIEN, PEUX-TU NOUS PARLER DE CETTE INFLUENCE?

En effet, je viens d’une famille de musiciens. En revanche, mon père fait des scènes rocks. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que ma famille entière m’a toujours encouragé à faire de la musique. J’ai reçu énormément de liberté dans le fait d’être encouragé par mes proches. Mes parents aimaient les labels tels que Motown et dans un sens plus large, le jazz, la funk. Leurs goûts musicaux ont forgé mon éducation musicale. Ainsi, je pouvais être ouvert à plusieurs styles de musiques différents et acquérir une autre vision du monde. Lorsque j’avais six ans, j’ai écouté la BO de Dumbo fait par Sun Ra, racistes, mes camarades de classe ne m’ont pas loupé. C’est pour cela que j’ai beaucoup de respect pour ces influences et je suis fière d’avoir continué d’écouter ces musiques – produites par des musiciens noirs – malgré la norme sociale blanche qui régnait autour de moi. En réalité, j’ai toujours pensé que rien n’était plus important que faire ce que je voulais faire. J’ai toujours cru en ce que je voulais réaliser et la musique était un moyen de créer ce monde, mon propre monde.

 

QUELS SONT TES INFLUENCES PERSONNELLES OU ARTISTES QUI T’ONT BOULEVERSÉ ?

J’ai écouté tellement de musique, que je suis incapable de choisir. En ce moment, j’écoute Marvin Gaye. Plus jeune, j’aimais déjà cet artiste, mais les paroles ont davantage d’impact aujourd’hui. Plus je vieillis, plus les paroles me touchent. Concernant la production, elle est dingue ! Il m’est impossible de comprendre comment cet artiste a fait pour créer une aussi belle musique. Je produis, mais je me sens incapable de produire d’aussi belles mélodies. D’ailleurs, cela a eu un énorme impact sur ma production. Ces derniers temps, ma musique est d’autant plus expérimentale. J’aimerais me rapprocher de la beauté de ses accords, si seulement je pouvais… Marvin Gay est tout simplement génial. Pour en revenir à mes influences générales, tout ce qui provient de la musique noire dû à mon éducation musicale transmise par ma famille sont ancrées en moi.

En 1995, j’ai déménagé à Washington DC. J’ai réalisé que je pouvais avoir d’autres influences: mes nouveaux amis et mes rencontres, car je pouvais avoir d’autres types d’amis, une nouvelle vie. Cela m’a pris une journée pour oublier mon ancienne ville. Avoir déménagé à Washington DC, une ville essentiellement de population noire, a appuyé la découverte d’autres genres (rap, hip-hop notamment). Personnellement, la black music est ma préférée car j’éprouve énormément de patriotisme. C’est ce qui me rend fière de l’Amérique aujourd’hui.

« MIS À PART L’ÉDUCATION, LA VILLE DANS LAQUELLE ON VIT, VA JOUER UN IMPACT SUR NOTRE EXPÉRIENCE FACE AU MONDE »

 

ENTRE DC ET NYC LA FRONTIÈRE EST MINCE. AURORA HALAL A GRANDIT À DC MAIS VIT À NYC. PEUX-NOUS PARLER DE VOTRE COLLABORATION?

Aurora Halal a fait beaucoup de clips de Future Times. Elle venait rendre visite à ses parents car elle avait quitté la ville, comme beaucoup de gens à DC au final. Aurora était très enthousiaste à l’idée de produire des vidéos pour Future Times. Elle m’a montré son travail que j’ai apprécié et elle aimait les morceaux du label donc notre collaboration s’est faite naturellement.

TOI QUI HABITE À DC DEPUIS DES ANNÉES, PEUX-TU NOUS RECOMMANDER LES MEILLEURES DISQUAIRES DE LA VILLE?

Premièrement, je pense à Joe’s Records Paradise. Vous allez prendre un ascenseur pour y aller, c’est mortel ! Sam records sur U-Street. Concernant le reste du monde, je dirais Redlight Records à Amsterdam. Pour avoir vécu à Barcelone il fût un temps, Discos Paradiso me vient directement en tête.

 

QUELS SONT TES PROJETS FUTURS?

Concernant Future Times, Person of Interest (à retrouver à travers l’épisode NYC002) a fait la première sortie de l’année avec l’EP Bost the whip. En ce moment, je collabore avec le label 1432R qui vient aussi de DC. Dawet Eklund s’inspire de musiques éthiopiennes, donc le mélange va être porté sur l’afrobeat accompagné de vocaux. On aimerait produire quelque chose de doux, de mélodieux, avec des paroles. Je laisse nos deux univers s’entremêler. En 2015, nous avons créé LIFTED sorti sur PAN. Un retour est prévu pour Lifted, avec des personnes différentes, en plus ou en moins. Des changements sont à prévoir en terme de membres. Je travaille également avec Japa Hali et Will Demaggio. Jouer à plusieurs en club, c’est génial, mais, je pense qu’il est temps de créer le plus de collaborations possibles en terme de production. Donc, j’essaie de créer pas mal de groupes, allier le meilleur de chacun au savoir faire de l’autre. Sinon, un nouveau Beautiful Swimmers va prochainement voir le jour. Pour mes productions individuelles (Max D, Dolopercussion), je travaille également sur de nouveaux projets. Je prépare un live doucement mais sûrement.

UN DERNIER MOT?

J’ai beaucoup réfléchi au résultat des élections américaines et son rapport à la dance music. J’ai bien peur que la petite industrie du disque en prenne un coup.  « Do It Yourself » est avant tout quelque chose que tu fais pour toi, mais tu peux aussi faire participer d’autres personnes et leurs donner des choses en retour. Dans ce petit monde, l’entraide compte et j’espère que cela va perdurer malgré les élections. J’étais choqué du résultat, et si l’on souhaite que notre petit monde continue, on doit agir pour maintenir tout ça. Je m’inquiète pour les petites entreprises comme les labels d’aujourd’hui et les enfants qui seront élevés dans ce climat. Ma mission actuelle est de réfléchir à comment je vais pouvoir contribuer au maintien des petits business. Certaines personnes ont conscience de ces idées, mais ils n’agissent pas, ou n’ont pas de temps libre pour pouvoir le faire et avancer un espoir envers la petite industrie du disque.

NYC002 – PERSON OF INTEREST (EXOTIC DANCE RECORDS)

Cette semaine, je suis partie à la rencontre de Person of Interest. Autrement connu sous le pseudonyme officiel « Angel de la Guardia », l’ange au double visage, house et techno, collectionne les sorties vinyles au sein des meilleures entités telles que Broken Call Records ( à retrouver sur BF010 ), L.I.E.S, CLONE et Future Times Records. En 2015, le créateur se décide à co-édifier sa propre arcane nommée « Exotic Dance Records » avec son fidèle acolyte, J.Albert. Enquête au creux d’un nouvel oasis.

 

POURQUOI AS-TU CHOISI LE NOM DE PERSON OF INTEREST ET ANGEL DE LA GUARDIA?

Ces pseudonymes sont la meilleure manière de conserver mon anonymat. J’ai choisi le pseudonyme de « Person of Interest »  en référence au vécu de chacun. En effet, selon mon point de vue, tout le monde est un criminel. Le terme crime fait référence à une expérience de vie. Voyez-vous, je ne suis pas un criminel ou une personne d’intérêt, mais, chacun de nous se retrouve confronté à des expériences et nous agissons en fonction. Vous comprenez que nous sommes tous des personnes d’intérêts au fond.

Concernant l’appellation « Angel de la Guardia », «La Guardia» fait référence à l’un des principaux aéroports à New-York City. Pour moi, l’importance de laisser sa trace dans ce monde est capitale. Par exemple, si des personnes trouvent mes productions d’ici cent ans ou plus, j’aimerais qu’ils pensent qu’Angel de la Guardia, producteur de house music, existait réellement sous cette appellation. De plus, ce nom renvoie à un rapport positif lié aux anges.

TU ES NÉ À BUENOS AIRES. DÉCRIS-NOUS TON EXPÉRIENCE EN ARGENTINE…

Pour information, j’ai été élevé entre Buenos Aires et Miami. A Buenos Aires, j’ai pu acquérir une expérience d’adulte assez tôt, notamment en allant à des festivals. Cela a été très bénéfique pour moi et a ouvert mon esprit. Au-delà de l’esprit festivalier, les gens évoluent et si tu te retrouves exposé depuis ton plus jeune âge à un type de choses, elles font parties de toi à jamais. Vivre en Amérique latine, spécialement à Buenos Aires, peut changer ta vie. C’est une ville spéciale, où la culture est très développée. Elle est différente du reste de l’Amérique latine.

Person of Interest pour Phonographe Corp

QUELS ÉLÉMENTS MAJEURS T’ONT CONDUIT JUSQU’ICI?

Le premier élément fait référence à mon adolescence et à mon pays natal, l’Argentine. A treize ans, je suis retourné vivre en Argentine. Comme je vous l’ai indiqué plus haut, j’ai eu mes premières expériences au sein de la culture club dans cette capitale. Je pense que cela a été énorme en terme d’inspirations même si je n’écoutais pas de house music ou de techno à cet âge là. Peu importe le lieu, mais quand tu te retrouves exposé à un univers précis dès le plus jeune âge, cela va impacter tes choix futurs. Le second élément est mes sorties sur le label L.I.E.S., qui ont été de grands moments de ma vie. Avoir déménagé à New-York est l’une des meilleures choses que j’ai faite de toute mon existence. D’ailleurs, mes amis ou les rencontres que j’ai faites m’ont guidé. La première personne que j’ai rencontré à New-York est Anthony Naples, puis est venu Ron (Ron Morelli, ndla) et enfin Steve Summers. De rencontre en rencontre, j’ai partagé énormément de choses. Plus particulièrement avec l’artiste J. Albert, qui est mon binôme de toujours.

« PEU IMPORTE LE LIEU, MAIS QUAND TU TE RETROUVES EXPOSÉ À UN UNIVERS PRÉCIS DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE, CELA VA IMPACTER TES CHOIX FUTURS »

EN 2015, VOUS AVEZ LANCÉ LE LABEL « EXOTIC DANCE RECORDS » ENSEMBLE. PARLE NOUS DE TA COLLABORATION AVEC J. ALBERT ET DE CE PROJET.

J. Albert est une grande source d’inspiration pour moi. Nous nous poussons vers l’avant que l’on travaille ensemble ou séparément. Cet artiste a tellement de potentiel, et est un des meilleurs producteurs que je connaisse. En revanche, nous travaillons avec des machines différentes. Par rapport à notre projet commun: Exotic Dance Records, nous souhaitons que tous les disques soient spéciaux. Nous prenons notre temps sur chaque sortie. D’ailleurs, j’ai récemment fait la dernière sortie du label avec l’EP «  Eclipse ». Pour ce dernier EP, je me suis inspiré de tous les sons de mon adolescence, notamment de la dance music. Ce qui a donné cinq tracks très différentes des unes et des autres.

JUSTEMENT, PEUX-TU NOUS DÉCRIRE UNE SESSION STUDIO?

Habituellement, la première chose que je fais est d’arranger mon environnement. J’aime qu’il soit le plus confortable possible. Ainsi, j’ai des tas de photos accrochées autour de moi. Elles peuvent influencer ou refléter mon humeur. Les photos ou dessins m’inspirent énormément. De plus, à côté de ces images, j’ai des plans accrochés. Une fois que tout est à mon goût, j’allume toutes les machines et je commence à produire. Il m’arrive d’avoir des flashs pendant le processus de production et de voir des images défiler dans mon esprit. Ce que vous entendez est le résultat de tous mes imaginaires, visuel et musical, qui s’entremêlent entre eux.

TU AS SORTI DEUX EP SUR LE LABEL L.I.E.S, NOYFB SUR CLONE, ET RÉCEMMENT BOST THE WHIP SUR FUTURE TIMES RECORDS. PARMI TOUTES TES CRÉATIONS, QUEL EST TON EP LE PLUS PERSONNEL?

Je suis sorti de ma zone de confort en produisant NOYFB paru sur le label Clone. Bien que le style soit toujours de la house music, j’ai essayé de faire de la musique expérimentale où l’émotion est mise en avant. En revanche, le EP Person of Interest, paru sur L.I.E.S en 2015, est celui qui me tient le plus à cœur. Je voulais accomplir certaines choses que j’ai pu accomplir aujourd’hui. Ici, ma satisfaction naît et perdure dans son apogée.

Person of Interest &  J. Albert

PEUX-TU EN DIRE PLUS SUR TES PREMIÈRES INSPIRATIONS?

Je suis passé du rock psychédélique, une musique très visuelle, à l’Acid House, une musique davantage dansante. Je me suis nourri d’Acid House, et ce autant que je le pouvais. Pour en citer quelques uns, Summer of Love in England, Dance Mania, la House Music de Chicago, Future Records. Ce sont mes premiers amours. Insensés, futuristes et intemporels. J’ai ressenti un élan cru, brut, énergique mais tout aussi affectif qui pouvait être communautaire. Ce que j’aime par dessus tout, c’est l’énergie de la danse qui accompagne cette musique. L’esprit de groupe est ce que la dance music représente. Des milliers de genres de musique existent. Certains genres traduisent un sentiment personnel, comme le rock par exemple. A travers l’Acid House, tout ce qu’il faut faire est de danser, partager avec les autres. C’est une musique chaleureuse et c’est cet aspect qui m’a plu dès le début.

TU ES UN AMOUREUX DE DANCE MUSIC, ET POURTANT AUJOURD’HUI, TU PRODUIS BEAUCOUP DE TECHNO. POURQUOI CE CHOIX?

J’aime le rock et la house music mais j’ai choisi de produire de la techno car dans ce genre de production, je retrouve une grande liberté en terme de créativité. Tu peux mettre toute ton énergie à produire un nouveau genre de musique, ou de rendre le morceau davantage émotionnel. C’est un jeu. Pour moi, les artistes techno/électroniques les plus inspirants sont Jeff Mills, Aux 88, Drexciya, U.R., Levon Vincent, DJ Sneak. Je vous avoue que j’ai des humeurs. Peu importe le genre que j’écoute, au final, je suis obsédé. Par exemple, je peux écouter du disco pendant deux mois ou lorsqu’un morceau me plait je l’écoute environs cinq, six fois par jour.

« L’ESPRIT DE GROUPE EST CE QUE LA DANCE MUSIC REPRÉSENTE »

RACONTE NOUS TON PLUS BEAU SOUVENIR SUR SCÈNE ?

Toutes les scènes sont spéciales… Si je devais choisir un moment en particulier, ce serait sans doute la nuit au Rex Club à Paris avec Ron Morelli et I.F. C’était un grand honneur de jouer à leurs côtés et spécialement à Paris. Retour sur la situation: il faisait 40 degrés dans le club, tout le monde transpirait, dansait et devenait fou. Chacun de nous donnait tout ce qu’il avait. Ce moment était génial. D’autant plus, je trouve que nous ne retrouvons pas énormément de DJ à l’image de I.F. C’est un mélange entre une énergie cosmique et une énergie sexuelle. J’avoue que je pouvais ressentir le sex-appeal d’un alien ce soir là ! (rires).

 

TOI QUI ES UN ARTISTE INTERNATIONAL MAIS AVANT TOUT AMÉRICAIN, PEUX-TU COMPARER LA SCÈNE NEW-YORKAISE ET LA SCÈNE EUROPÉENNE?

La scène à NYC est très cool. Beaucoup de gens s’unissent et mettent tellement d’énergie afin de construire des projets. Tu peux trouver des soirées géniales, de la bonne musique et ce tous les weekends. Cette énergie m’inspire énormément. Je trouve également des choses qui ne sont pas à mon goût. C’est important de savoir ce que tu aimes mais aussi ce que tu ne respectes pas. De ce que j’ai vu en Europe, votre scène est un exemple pour le reste du monde. La foule vit la musique avec toi, particulièrement dans les petites villes. Dans aucun de mes rêves, j’aurais imaginé que les gens viendraient pour écouter ma musique. C’est génial de voir que les européens écoutent ce que l’on fait. Je suis tellement reconnaissant pour ces scènes internationales.

QUEL EST TON RAPPORT AU MONDE À TRAVERS LA MUSIQUE OU L’ART EN GÉNÉRAL?

Si quelque chose est incorrect ou énervant, il est légitime de l’exprimer. Je pense que les gens doivent avoir un lieu pour exprimer ce qu’ils veulent avec leur art. Etre artiste, c’est avant tout être sincère. Par exemple, lorsque les gens réalisent qu’ils ont des sentiments négatifs, cela doit être pris en compte. Tout le monde a déjà pu ressentir la lourdeur de la vie. C’est une émotion réelle. Le mal être existe et je souhaite que les gens enlacent leur noirceur. La musique ne doit pas forcement être joyeuse. La musique peut exprimer les maux enfouis en nous. Surprenant mais vrai, le dance floor n’a pas à être optimiste tout le temps. Le côté sombre que chacun porte en soi est important dans la vie. Moi, j’aimerais lire, écouter, simplement connaître le côté obscur de chacun. Rassurez-vous, j’aime la profondeur mais je suis aussi une personne joyeuse et optimiste envers la vie.

« ETRE ARTISTE, C’EST AVANT TOUT ÊTRE SINCÈRE »

UN DERNIER MOT?

« The family that raves together, stay together »

 

MIX SIGNÉ P.O.I.

NYC001 – JM DE FRIAS (SEQUENCIAS RECORDS)

L’hiver dernier, je suis partie de l’autre côté de l’atlantique à la rencontre d’artistes locaux afin de réaliser une série spéciale New-York City. Pour ce premier épisode, nous avons rencontré Jm de Frias, boss du label SEQUENCIAS. Né en République Dominicaine, JM de Frias se voit happé par les lumières de la grande pomme. Esprit limpide, éclairé, haut en couleurs, le label SEQUENCIAS prend forme en 2011. Nous assistons à l’histoire d’un grand fan qui su dessiner ses propres éclats. Enquête: à la conquête d’une Terre florissante.

SALUT JM DE FRIAS, PEUX-TU NOUS RACONTER L’HISTOIRE DE TON LABEL ?
J’ai créé Sequencias car je voulais sortir en disque la musique de mes producteurs favoris. J’ai choisi ce moyen car j’ai toujours aimé l’industrie du disque. J’ai toujours voulu être engagé de ce côté là, car j’aime sélectionner la musique pour un public. Je joue aussi mais sortir des disques d’autres artistes est un concept très différent. Pour moi, créer un label coulait de source car le but d’un label est de sortir de la musique destinée à un public. A l’origine, c’était un concept très simple et cela l’est toujours aujourd’hui. Depuis peu, Sequencias est aussi un disquaire en ligne. Nous vendons les disques du label mais également ceux d’amis proches ou d’artistes qui apparaissent sur le label. A travers cette plateforme, j’essaie de mettre en avant des artistes locaux, qui viennent de New-York. Cependant, nous avons un stock varié que vous pouvez découvrir ici.

AS-TU DÉBUTÉ SEUL OU EN PARTENARIAT ?
J’ai commencé le label tout seul. Certaines personnes m’ont aidé. Par exemple, ma collaboration avec Dietrich Schoenemann m’a permis de finaliser les mastering. Il a travaillé sur tous les mastering de tous les disques sortis sur le label et m’a énormément aidé sur la distribution. Mis à part la distribution, le mastering, et la finalisation matérielle des disques, c’est moi qui ai choisi les titres et qui contacte les artistes. Je m’occupe de toute la programmation musicale. Concernant les pochettes des Eps, pour les deux premières sorties j’ai travaillé avec une artiste locale Jemina Vida. Pour les photographies sur les EPs suivants, j’ai fait appel à Andrea Robiou, une créatrice de vêtements d’origine dominicaine et également photographe. Le graphiste en question s’appelle Leonard Posso. C’est lui qui a fait toutes les finalisations visuelles.


(Orpheus – SEQ002)

COMMENT CHOISIS-TU LES ARTISTES EN QUESTION ET QUI SONT-ILS ?
Ce sont des gens que j’ai rencontré à New-York. Quelques artistes qui ont signé sur SEQUENCIAS étaient nouveaux le marché. En revanche, certains avaient déjà produit des disques. Quant à ma sélection artistique, j‘éprouve le besoin d’être leur fan pour pouvoir m’impliquer et envisager une collaboration. En Janvier, nous avons sorti le EP numéro 14, signé Area (à retrouver sur notre chaîne youtube). Par le passé, il y a eu Dcantu, Nepal, Dexter St Jacques, Healing Force Project, Specter, Aroy Dee, Orpheus, Echo 106, Shawn O’Sullivan, Metropolis, The sun god, Hieroglyphic Being etWillie Burns. Concernant Dcantu, je l’ai démarché il y a deux ans. Je suis plutôt proche de lui. La sortie numéro 8 sur le catalogue est un featuring de lui et moi. Avec la plupart des autres artistes, nous partageons une relation solennelle, parfois, je ne les ai même pas rencontrés personnellement mais en ligne. Avec internet, nous développons d’autres types de relations pour le bien du label.

PEUX-TU NOUS PARLER DE TA COLLABORATION AVEC JAMAL MOSS, QUI EST LA SORTIE NUMÉRO UNE DE SEQUENCIAS ?
Effectivement, Jamal Moss a ouvert le bal sous le nom de Hieroglyphic Being. Lorsqu’on s’est engagés main dans la main sur cette première sortie (via e-mail), Jamal m’a envoyé le morceau deux jours après. Il faut dire qu’il fait tellement de productions qu’il est facile d’avoir quelque chose provenant de lui et ce rapidement. Je suis très heureux de cette collaboration.

PEUX-TU NOUS PARLER DE TA COLLABORATION AVEC WILLIE BURNS, QUI EST LE PATRON DE WT RECORDS ?
Je l’ai rencontré via Traxx. Il est très cool. Je suis bien entendu fan de lui et de son label. WT records a sorti les meilleurs artistes en dehors de New-York durant les cinq dernières années. J’ai développé une relation avec lui avant de sortir un disque produit par ses soins. On parlait, et de fil en aiguille, la sortie était produite.

TU L’AS DIT PLUS HAUT, SEQUENCIAS EST NÉ EN 2011. QUE FAISAIS-TU AVANT CE MOMENT ?
Depuis que je suis enfant, j’ai toujours été fan de musique. La différence actuelle est que je mets mes choix musicaux sur le marché. Rien n’a changé depuis 2011, c’est toujours l’amour de la musique qui me guide et me pousse en avant. Avant 2011, je jouais des disques, j’en joue toujours, et à côté, je sors des disques d’autres artistes sélectionnés par mes soins. Il faut être honnête, je joue beaucoup moins depuis que je m’occupe de Sequencias, mais dès que j’ai un moment, je recherche des nouvelles musiques et j’accepte des dates, principalement à New-York. J’ai un travail à temps plein, avec des responsabilités, il est difficile de trouver du temps pour faire beaucoup de scène. Mais, je le fais autant que je peux. Ma dernière scène remonte au 29 Janvier dernier ( à ré-écouter par ici). C’était une nuit Spéciale Sequencias au Bossa Nova Civic Club où j’ai eu la liberté de jouer tous les genres et styles de musique.

« POUR RÉSUMER, BOSSA NOVA CIVIC CLUB EST NOTRE CHEZ NOUS »

EXPLIQUE À NOS LECTEURS OU AUX FRANÇAIS CE QU’EST LE BOSSA NOVA CIVIC CLUB ?
Bossa Nova est le seul endroit qui a ouvert ses portes au label Sequencias, et qui a ouvert les portes à de nombreux artistes à New-York. Les promoteurs new yorkais Industry of Machines ont organisé avec nous trois showcases à Bossa Nova Civic Club. Je suis tellement reconnaissant pour ce qu’ils font. Par « ils » j’entends, le Bossa Nova Civic Club et Industry of Machines. Par rapport à la scène new yorkaise, en ce moment, je pense que nous retrouvons une répression dans l’underground, surtout dans les soirées illégales, organisées dans des entrepôts. Beaucoup de monde s’y rend et nous assistons à des descentes de police de plus en plus fréquentes. C’est le climat dans lequel nous vivons mais l’intention est toujours là. Malgré ce phénomène récurrent, beaucoup de gens continuent de maintenir la scène « underground ».

PEUX-TU NOUS DÉVOILER TES ADRESSES DES MEILLEURS VINYLSHOP À NEW-YORK ?
Mon ami Frederico a construit un nouveau shop à Brooklyn « Second hand records ». A1 records est bien sûr incontournable. A1 devrait être votre première adresse si vous venez à New-York.


(Jm de Frias pour Phonographe Corp)

MAINTENANT, PARLONS DAVANTAGE DE TOI. COMMENT AS-TU COMMENCÉ A T’INTÉRESSER À LA MUSIQUE ?
Quand j’étais enfant, tout ce que j’apprenais par rapport à la musique était bon à savoir et venait de mon père. Alors, les frontières étaient nettes, limitées. Cependant, mon père nous disait d’apprécier tous les styles de musiques. La première fois que j’ai entendu du hip hop, cela a changé ma vie. Je m’en rappelle très bien, c’était un morceau du groupe Outkast. Arrivé à ce point, tout ce que j’avais entendu, je l’avais entendu à travers les goûts de mon père. Ecouter quelque chose qui était totalement différent de ce que je connaissais était une expérience qui m’a transformé. C’était une réelle découverte, quelque chose d’inconnu, de nouveau. A partir de ce point, j’ai réalisé qu’il y avait une multitude de choses en dehors de ce qu’écoutait mon père. J’avais probablement neuf ou dix ans, quand j’ai vécu cette expérience et j’ai commencé à découvrir la musique américaine, même si je ne comprenais pas les paroles car je ne comprenais pas l’anglais. Cela n’avait pas de sens, mais je voulais simplement apprécier la musique pour ce que c’était. Aujourd’hui, ce sentiment perdure. Par exemple, j’écoute des disques africains mais je ne sais pas d’où cela vient ou signifie. Ce qui m’importe c’est l’énergie que cela émet.

« ETRE DJ, C’EST LIRE LA FOULE »

TOI QUI ES AUSSI DJ, QUE JOUES-TU ?
Je joue davantage de la house music, mais j’essaie de sortir des choses différentes au sein de SEQUENCIAS de ce que je joue en club. Etre DJ et diriger un label sont deux concepts très différents. J’aime de nombreux styles comme la disco, la funk, la techno ou de nombreuses musiques indéfinissables aux sonorités africaines. Lorsqu’on est DJ, il faut savoir s’adapter à l’heure, au moment, et surtout au public. Par rapport à Sequencias, j’essaie de proposer quelque chose d’unique ou de rare sur le marché. Alors, produire de l’expérimental prend tout son sens.

RACONTE-NOUS UN SOUVENIR D’UN GIG PARTICULIER OU TA PREMIÈRE SCÈNE.
Je me souviens que ma première scène était horrible. En revanche, je me suis beaucoup amusé en jouant à des afters. J’aime vraiment jouer de la house music et voir le soleil se lever, cela donne une toute autre dimension à la musique. L’environnement compte quand tu joues. Mon meilleur souvenir reste et restera l’image du soleil apparaissant pendant que mon set continue de tourner. C’est un sentiment irremplaçable.

QUELLES SONT TES INSPIRATIONS PREMIÈRES ?
Ce qui me vient en tête: D’marc Cantu, Chris Brann, Larry Heard, Jamal Moss, je ne veux pas choisir l’un d’entre eux, cela ne serait pas juste ! Je vous propose de découvrir ma sélection spéciale. J’ai pensé à vous, en incluant mes DJs français favoris.