BASSE FRÉQUENCE 011 – ATLANTIC RHYTHMS

En 2015, Sean Peoples et Nick Apice décident de former le label Atlantic Rhythms. L’un baigne l’art sonore tandis que l’autre nage au sein de l’art visuel. L’un imagine et l’autre actionne la forme. Deux arts complémentaires donnent naissance à 25 posters différents et 100 cassettes produites. BF011 offre une bribe de beauté expérimentale. Zoom sur le label Atlantic Rhythms & la ville natale de Sean People: Washington DC.

En 2015, Sean Peoples et Nick Apice collaborent ensemble et lancent le label Atlantic Rhythms Records. Basé à Washington DC, le label nous offre une découverte expérimentale, pourvue d’un calme apaisant. La beauté de la beauté se voile derrière quelques synthétiseurs et se dévoile sur les covers, signées Nick Apice. Ce dernier se charge du graphisme unique, présent sur les K7. En effet, l’approche de ce label américain est de travailler sur une sérigraphie et des posters limités qui sont les outils géants du designer. Puis, le poster géant est découpé en mini morceaux, ce qui forme les pochettes des cassettes. Le résultat est un visuel unique, car chaque tape comporte un bout du poster. Alors, le puzzle prend forme.

Le choix concernant les artistes au sein du label n’est autre que ceux du boss Sean Peoples. Sa formation est surprenante. Pendant dix ans, il tient les commandes du label Sockets Records, un label pop-rock-expérimental. L’élève retenant ses leçons passées valide son passage dans la classe supérieure en créant Atlantic Rhythms Records. Devenu apprenti, ce dernier allie parfaitement le jazz, l’expérimental et l’ambient. Les artistes Town, Aarron Laitki, Jack Propane, Curved Light enregistrent au total quatre tapes où la douceur absorbent chacune des bobines.

Washington, territoire marqué par ses rues désertes après 23 heures, ses bâtiments officiels bourrés de touristes, le grand trafic avant 13 heures et après 17 heures, est source d’inspiration pour le jeune label Atlantic Rhythms Records. La vie artistique est bien dissimulée et s’anime à travers le flash, Joe’s Record Paradise, Future Times et 1413R records, deux labels qui sont sources d’inspiration pour Sean Peoples. Atlantic Rhythms, vierge de toute salle, proposera un prochain EP début juin. Un bel air de légèreté accompagne cette playlist conçue pour nos derniers instants hivernaux.

BF010: Broken Call Records

Gaul Plus ou Nicolas originaire de San Francisco, a créé le label Broken Call Records en 2015. Depuis six ans, le musicien produit des morceaux sous différents pseudonymes secrets en naviguant entre grime, noise et techno. L’air frais de New-york  se révèle inspirant car c’est dans cette ville, où les rêves prennent forme, que le concerné souhaite prendre un nouveau départ délié de tout passé.

L’illumination de Nicolas puise sa source dans le rap (spécialement avec l’album Boy in a Corner de Dizzee Rascal ), mais surtout dans les tops musicaux de la chaîne américaine MTV. L’enfant éclairé Nicolas s’inspire des puissants PsychicTV, Aphex Twin, Butthole Surfers, Prodigy ou encore Portishead  qui étaient programmés sur le canal musical. A cette époque, la dance music et le rock prédominent sa culture musicale. Mais voilà que Nicolas grandit et que le déclic survient. L’illumination approche… Aujourd’hui, Nicolas devenu adulte s’inspire de la cassette Woundfucker d’Atrax Morgue (où la Basse Fréquence est assurée), élément majeur bouleversant sa culture musicale.

Playlist personnelle de Gaul Plus

Le déménagement de Nicolas vers la grande pomme marque l’ultime étape de sa transformation. L’envoutement de la ville aux lumières infinies prend place. Il faut avouer que la ville aux mille et une couleurs, cache dans les recoins de ses buildings de nombreux artistes talentueux et un tas de lieux pour tous styles de musiques électroniques. Par exemple, nous pouvons commencer notre soirée dans un bar à écouter de la musique électronique et finir dans un hangar à écouter de gros kicks, et ce tous les soirs. L’énergie artistique de New-York est à l’image de son architecture: sans limites.

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Broken Call Records naît en 2015, quelques années après le déménagement de Gaul Plus vers NYC. Malgré une forte activité au sein de la ville qui ne dort jamais, le nom de ce label traduit une frustration personnelle : celle de voir des gens incapables de se connecter et de s’intéresser à certaines musiques. En effet, depuis un temps – spécialement à Brooklyn – des artistes émergent en masse. Broken Call Records signifie l’appel de ces artistes brisés par la masse qui, elle, ne semble pas les entendre…

Grand ami du dancefloor, le noctambule Gaul Plus oriente son projecteur sur des artistes locaux tels que Eduardo Unz, Nick Klein, Rosemary Arp, Segy, The Wet Taxis, J. Albert, Angel de la Guardia, Mondkopf ou Greg Z. Leurs productions sont tantôt lo-fi, IBM, ou techno. Le patron de Broken Call Records les a principalement rencontrés pendant ces virées nocturnes dans son QG favori: le Bossa Nova Civic Club. De clubbers à amis, Nicolas, grand admirateur, souligne sa reconnaissance pour leurs collaborations passées. Vous pourrez retrouvez un nouveau disque d’Eduardo Unz très prochainement… En attendant, voici la playlist BF010.

Basse fréquence 009: DAR EMBARKS

Pour ce premier épisode de l’année 2017, Basse fréquence est allé à la rencontre du duo dar embarks. C’est à Chicago, second empire de la house et de la techno musique, que Kenneth Zawacki et Daniel Jugel ont produit leur premiers EP sorti en 2016 : Cypher et the Pondudar Divide. Nous commençons l’année en beauté: techno brut assurée.

Le genre techno respecte la formule nommée principalement dans le jazz « common time », une mesure à quatre temps. C’est dans la continuité des genres non-électroniques, que les nouveaux musiciens électroniques utilisent cette mesure de référence afin de créer une musique répétitive et froide. Le recyclage de machines instrumentales, vers le début des années 90, notamment de la TR 808, TR 909, et TB 303, offre une toute autre dimension musicale. L’image futuriste associée à ce nouveau genre, la techno, se créé par une production robotique. A travers cet usage de ces machines électroniques, le nouveau destin d’une population se forge, de nouvelles productions émergent (dans un premier temps à Détroit, puis, à Chicago) et un nouveau lien social se dessine.

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Kenneth Zawacki et Daniel Jugel se sont rencontrés au lycée qui se situait à la périphérie de Chicago. Les adolescents de 16 ans programment ensemble des synthétiseurs et des drum machines sur de nombreux projets. Leurs débuts se marquent essentiellement par la création de leur premier groupe Ghost Arcade avec la collaboration de Mike Broers. Nous retrouvons sur leur second album, MR. Bossa suicide, l’utilisation du synthétiseur dans le but de créer des sonorités davantage pop aux embouts expérimentaux. A l’origine, dar embarks était le projet de Kenneth Zawacki. C’est au cours d’un live que Kenneth demanda à son double, Daniel, de l’assister. Rapidement, Daniel Jugel devient la seconde moitié de dar embarks. Soulignons que dar embarks n’est pas un label mais la collaboration entre deux artistes. En février 2016, les deux artistes sortent leur premier EP Cypher sur le label C.L.E.A.R., puis, en juin 2016, le duo compose la première partie du EP the Pondudar Divide parût sur le label Fun in the Murky.

Dans « Cypher », titre majeur du EP du même nom, la répétition ne renvoie pas à une volonté dite esthétique, contrairement au genre minimal. Ici, le genre techno est marqué par la répétition des kicks de la fameuse TR 808, nous renvoyant à la régularité du rythme. Sans surprise, pensons-nous. Loin de cette idée, durant ces six minutes, dar embarks joue avec l’attente et les nerfs de l’auditeur. En effet, le duo coupe volontairement le kick principal, afin de créer un effet de surprise dans sa redondance rythmique. Contrairement à la machine qui est dénuée de toute émotion, le rythme permet de personnifier le genre techno, et faire vivre aux auditeurs une palette d’émotions variées. Ainsi, de par sa rapidité, ses répétitions rythmiques et les variantes d’émotions qu’elle entraîne, la techno se caractérise d’additive.

La plupart des compositions de dar embarks proviennent généralement des équipements TR 909 et TR 808 qui renvoient aux inspirations premières des deux musiciens : Sonic Groove, DjAX-Up-Beats, X-Trax ou Synewave. La plupart de ces labels ont périt avec le temps, mais ils laisseront sur dar embarks une trace à vie. Ce traumatisme musical a conduit Kenneth Zawacki a créé le duo Circling Vultures aux cotés de Justin Long. En avril 2016, ils ont sorti leur EP du même nom Circling Vultures sur L.I.E.S. Records. L’année 2016 a été une année de réussite notamment pour Kenneth Zawacki. Du côté de son duo Dar Embarks, une sortie est prévue sur The corner, label d’Anthony Parasole pour l’été 2017.

En attendant, voici la sélection BF009. Bonne année à tous.

Basse fréquence 008: Oblast

Tandis que le froid s’abat sur la capitale, cette semaine Basse Fréquence perce l’iceberg Oblast. Cette communauté issue de la région de Samara, en Russie, nous ouvre les portes de l’ambient et de la techno expérimentale. Attention : risque de rafales enneigées immédiat.

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Un hashtag peut-il créer une histoire? C’est le cas d’Oblast. Sa naissance prend forme grâce aux hashtags #Oblast sur le site VK.com. Entre deux soirées, les membres du groupe postaient régulièrement des morceaux suivis de #Oblast. « Just for the fun » pourrait qualifier le début de l’histoire d’OBLAST REC. A partir de l’année 2014, Caapi, Spurv et Ngrv forment cette communauté. En effet, ces derniers insistent sur cette appellation car le terme label leur parait trop sérieux.

Au fin fond de la Russie, dans la région de Samara, Oblast créé essentiellement de la techno ambient sur cassettes limitées. En 2015, la communauté russe est l’auteure de trois cassettes, puis viennent s’ajouter trois autres en 2016. Briges, la première cassette d’ Oblast est une collaboration de Spurv et Sangam. Entre Russie et l’Angleterre, le chemin de la paix s’emprunte à travers cette écoute. Lente, belle, reposante, le piano nous berce, et le chant des oiseaux nous guettent notamment sur le titre « Fretsh Heights ». Le sommeil harpe les corps étendus, si détendus. « Suzzana’s » place suit le morceau « Content Her ». Une déambulation vers le sommeil, pensons-nous. Mais, si nous parvenons à nous souvenir du rêve, était-ce une envolée vers le rêve lucide ? Ou, était-ce un extrait d’une réalité méditative ? Entre rêve lucide et réalité, le pas semble fin…

Oblast garde les pieds sur Terre et poursuit sa lignée par leur seconde tape Dadaisme  signée Dadaisme. C’est au tour de Valerii Shevchenko de laisser son empreinte en concordance à la première tape. Le style ambient épuré ouvre cet EP. Nous soulignons la plénitude créée grâce aux synthétiseurs et aux effets de bruitage version jeux vidéos. Entre Moscou et Samara, quelque chose se passe… Alors, à l’écoute du titre « Cassette  2 », sommes-nous au coeur d’un rêve lucide ou bloqués secrètement dans une partie de jeu vidéo ? Nous rentrons simplement dans l’ambiance noise et drone. Le morceau « Handaktion » brouille le signal sous un effet bit crusher codé. Décodé, le signal se retrouve à la troisième cassette untitled tracks. Caapi remonte la fréquence : les tracks sonnent davantage house, dansantes. Au revers d’ « untitled edit « , Nissan Groove apporte de la joie chez Oblast Rec. Les samples sortis des ghettos, nous renvoient légèrement à la ghetto house. Nous pouvons penser qu’Oblast redirige son style vers une house, une musique joyeuse et conviviale. Pas si vite, D. Towäds arrive sur la quatrième sortieSpade. Nous retrouvons une ambiance froide et inquiétante d’une techno-ambient. Les nappes, au second plan, mènent l’intrigue jusqu’à laisser unknownloops avec « саундклоуд трипс » nous offrir l’accès à un royaume expérimental-tribal.

Ainsi, nous nous demandons sérieusement qu’était la dernière release d’Oblast rec. House ou Ambient ? Drone ou Techno ? La réponse est à découvrir ici, par l’extrait de leur dernière tape Homesick.

Au cours de la nuit, en combattant le froid glacial de leur région, Oblast avance à pieds serrés dans sa trajectoire. Par l’écoute de ces sept cassettes, la glace se brise et évolue : nous passons à répétition de la plénitude à l’angoisse. Quant aux genres établis, on ne change pas les vieilles habitudes. Malgré leur essai house music, Oblast retombe sur ses pas: l’ambient, la techno-noise et l’expérimental, prédominent au sein de cette communauté.

# SelectionBF008 #Oblast #Samara #Labeltape #Ventglacial #Jaifroid 

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Basse Fréquence 007: UN.T.O

Basse Fréquence part à la conquête de l’Italie. Cette semaine nous vous présentons Matteo Bagnato, fondateur du label UN.T.O.  Liberté, ouverture et créativité forme la ligne directrice de ce label.

Tout commence par un plat de pasta mal tombé. En effet, lorsque les italiens dégustent leur plat national, et se tâchent à la sauce tomate, ils s’exclament « UNTO ».  UNTO est la traduction du participe passé « ungere » ce qui renvoie en français à être taché ou enduit de graisse. Remettons cette expression dans son contexte, « UN.T.O.« est l’abréviation de UNintelligent Trax Oursourcing. Alors, le fondateur du label choisit une appellation s’inspirant de son Italie : simplicité, spontanéité et honnêteté sont de rigueur.

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Laissons tomber le masque, le fondateur du label UN.T.O. n’est autre que Matteo Bagnato. A ses débuts, il insère le collectif communion collective.  Avec eux, il organise des événements et a l’opportunité de jouer tant que résident dans leurs soirées liées à Macao. Basé à Milan, ce centre culturel indépendant (façon DIY) regroupe citoyens, animateurs, artistes et des personnes travaillant dans la culture afin de promouvoir tout art expérimental. Alors, Matteo et son crew adopte le genre DIY (Do It Yourself) et organisent leurs propres événements. Cet état d’esprit reflète une certaine liberté justifiée. En effet, la mentalité DIY est simplement d’échapper au contrôle culturel qu’impose la société et établir une ouverture envers des artistes et des genres moins connus. Une ouverture vers un nouvel espoir ? Pour couronner cet envol vers la liberté DJ Vertica pig aka Matteo a joué à des « acid party » appelées U. V. dans des entrepôts gigantesques.

Grâce à ses expériences, ses rencontres personnelles et artistiques, et à travers cette nouvelle définition de la liberté, Matteo fonde UN.T.O. en 2016. Plus précisément le 16 février 2016, la sauce UN.T.O. prend forme avec la sortie Though Steel signée Raw Ambassador.  Au menu, UN.T.O. propose une entrée à la techno acide, un plat rythmé accompagné par kicks déstructurés, le tout saupoudré de nappes au goût intense. Le suspens du dessert s’accompagne en timbales, dévoilé par claps. La recette s’est répétée deux fois de plus à travers les EPs Destroyed Ass de Marcello Napoletano et Antonio de Antonio. Aux dernières nouvelles, la quatrième sortie signée SSIEGE Turbe in Sviluppo sortira le 21 Octobre 2016. Ssiege met feu doux au sein du studio du label: son EP prend une allure lente, planante, nostalgique.

De grandes batailles ont permis la création des espaces artistiques indépendants, libres et ouverts en Italie. Le label UN.T.O. est le reflet de certains avancements culturels. Ainsi, pour le moment, le jeune boss du label souhaite conserver l’image patriotique de son Italie débridée. Jusqu’à présent, il a sélectionné par grands soins des artistes underground piochés au cœur de la scène italienne. D’ailleurs, une future sortie EP est prévue fin 2016 voir début 2017. Néanmoins, nous précisons que le label reste ouvert aux découvertes étrangères.

En attendant, sortons nos drapeaux, casques et baskets de danse afin d’écouter la sélection BF 007.

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Basse Fréquence 006: X0X records

Basse fréquence tire vers le nord, direction Turku, en Finlande. Zoom sur X0X Records, un label électronique aux tendances robotiques. Place au mystère, à l’intensité et à l’imaginaire…

Nous le savons, la particularité de la musique électronique est la prédominance de machines. A travers sa musique, un label affirme son identité alliant progrès technologique et art auditif. X0X records rejoint le thème futuriste marqué par des voix électroniques, venues d’une autre dimension et synthétiseurs aux sonorités sombres. Le déploiement de ce label s’étend tout aussi bien par sa musique que par sa création visuelle ou le choix des titres. En effet, les pochettes et les titres des EP de X0X Records confirment l’atmosphère extra-terrestre ou de l’homme robot, faisant référence à la science fiction.

Le label X0X records a été créé en 2001, et a sorti en 2002 sa première sortie signée Laite, intitulée « Pain ». Huit sorties en quinze ans, ce label privilégie la qualité à la quantité. Leurs tracks provenant d’un autre monde, nous font voyager entre Neptune et Pluton, traversant toutes sortes de nébuleuses, retrouvant ainsi, des inspirations du peuple drexciyan. Selon la légende, ce peuple fictif (qui en réalité fait référence à l’histoire du duo Drexciya) a puisé ses sources dans les profondeurs océaniques peu à peu évaporées droit vers l’espace comme le confirme leur dernier album Grava 4.

A l’heure actuelle, de nombreux artistes électroniques nous plongent dans l’immensité cosmique aux tendances robotiques grâce au rythme accéléré et aux kicks accentués. Par exemple, les artistes Morphology, Bass Junkie, Dj Overdose ou encore Blastromen ( présents sur X0X records) semblent appartenir à ce même monde.

Le label finlandais s’inspire de l’électronique intergalactique, et également de l’acid et acid house de Chicago. Leur deuxième label Proform Series met à l’honneur la Roland Tb303, mère de cette sonorité impalpable, nommée couramment acid. Ici, nous assistons à des tracks davantage dansantes beaucoup moins introspectives. Néanmoins, leur troisième label Escape From Synthesis revient aux sources en créant une musique expérimentale. Actuellement, un seul duo est enregistré sur ce label, Virta. Par le titre « Emmatieda » nous revenons dans les profondeurs universelles, quelque part, nous ne savons où.

Le vol X0X peut commencer par l’embarquement soundcloud ci-dessous. La compagnie Basse Fréquence vous souhaite un excellent voyage.

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Basse Fréquence 005: les vastechoses

Basse fréquence remonte l’Europe, direction la Belgique. Territoire conquis jadis, territoire en pleine liberté à ce jour, c’est sur ces petits 30 528 km2 que le label Vastechoses pose ses K7. Basse fréquence explore le lieu où l’écume des rêveries prenne forme: la Belgique, pays de la rave party.

La Belgique donne naissance aux vinyles 12 inch, aux clubs ouverts le dimanche et aux tracks new beat. Hoegaarden à la main, acid aux oreilles (track à l’appui), smiley au t-shirt, une chose compte: avoir le rythme. Peu après l’arrivée du disco début des années 80, l’impermanence de ce genre s’installe dans la Belgique, pays du rêve infini. Tandis que l’ennui et la monotonie font claquer les portes des clubs, l’infini, lui, trouve son inspiration en mixant plusieurs genres: la new wave, l’acid-house et l’EDM, ce qui donnera naissance à la new beat. Ce nouveau genre underground belge fait éclore musicalement le pays. Comme tout genre est impermanent et s’essouffle avec son temps, la new beat jugée commerciale se transforme en nougat beat. Chaque problème a sa solution, les belges livrent ce genre has-been au business commercial et repoussent les frontières de l’imaginaire en créant la techno hardcore : portes ouvertes aux raves parties. C’est au cœur de cette continuité, dans le genre techno IDM, que nous plongeons cette semaine. Place aux Vastechoses : un label broyant ses tracks sur K7.

Vastechoses est l’histoire de Ian, Benoit et Simon, trois français, qui se retrouvent exilés dans la capitale belge au même moment. Ian et Simon avaient un studio commun durant un an tandis que Ian et Benoit réfléchissaient aux projets possibles réunissant musique, photographie, vidéo et dessin. Lorsque leurs cerveaux se mettent en ébullitions, les idées filent, fusent et se diffusent notamment surSoundcloud (et Youtube). Nous comprenons l’origine du nom, ayant pour but ultime: regrouper plusieurs domaines artistiques.

Une pluralité sous tension, retenue, tout simplement inachevée, car pour le moment, le trio produit seulement de la musique sur cassette. En effet, le label voulait un support de diffusion rapide, autonome tout en gardant une part de spontanéité. Les cassettes font l’affaire pour le moment, même si on ne vous cache pas que les Vastechoses s’agrandiront et changera probablement de support très prochainement.

Les vasteschoses sont plusieurs : Sevyce / Ian Tocor / Lostsoundbytes / Wetland sailor / Air LQD / P.Menkov / Drnchd / L.A.A.M. Leur première K7 s’intitule « derelict path » paru en novembre 2015. Leur seconde K7 parue en mars dernier « State of Emergency », confirme le style Vastechoses: acid, clap & gros kicks directifs au programme. Cadence angoissante, brute et obscure, il ne faut pas oublier l’effet d’urgence, comme l’indique son appellation. La troisième sortie parue au début de cet été « Kukuxland » appuie le genre techno EBM se résumant à des kicks et des percussions noyées sous un effet bit crusher, et mixés avec quelques pointes d’acid. Autrement dit, cette cassette est à l’image d’un signal brouillé illuminé par une lumière pimpante voir hallucinogène.

Une quatrième sortie Our fortress est prévue très prochainement. La date est encore tenue secrète par nos chers Vastechoses. Ce que nous savons actuellement, est que le projet serait en lien avec le groupe Our fortress, qui se compose de Lény Bernay et Christelle Bonnet. La cassette est un recueil de tracks enregistrées dans le Studio Drnchd (celui de Ian et de Sevyce), et de morceaux improvisés en live. Selon les concernés, les tracks pourraient se décrire comme un mix de « paroles et positions engagées sur un son très instinctif et spontané, le tout entre ligne de kick rude et vocodeur déstructuré ».

En attendant, voici la sélection BF005 qui renversera sans doute les esprits sensibles. Pour tout autre information, rendez-vous à l’Epicerie moderne, lieu de prédilection des Vastechoses à Bruxelles.

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