Autophoto, exposition du 20 Avril au 24 Septembre 2017

Autophoto est une exposition programmée à la Fondation Cartier proposée par Xavier Barral et Philippe Séclier. Cette exposition retrace l’évolution de l’automobile en passant par la photographie. Le spectrum dévoile l’histoire de la voiture et l’histoire dans la voiture elle-même. Soudain, un simple utilitaire du quotidien devient témoin du temps s’estompant, symbole de classe sociale, objet de désir ou objet de collection. Zoom sur les débuts de l’infernale mécanique.

 

L’exposition débute par la mise en avant de la photographie. Plusieurs prises de vue ont été réalisées dans une voiture. L’objet d’étude se tourne vers le temps devenu saisissable par le biais de l’appareil photo. Le passé, le présent, le futur sont invoqués. En effet, grâce au regard du photographe, le passé se reflète au sein d’un rétroviseur, le futur à travers le pare-brise et le présent par le photographe lui-même. Le temps mais aussi l’espace spacio-temporel s’entremêlent. Un rétro projecteur nous dévoile des clichés effectués tous les 5 000 km dans une voiture. Plusieurs photographes se sont réunis autour de ce projet qui défend l’agrandissement de la zone européenne à ses prémices. En capturant des pays non-européens, la photographie montre que les pays en question ont des paysages égaux à ceux qui se trouvent dans la zone européenne. Alors, la photographie serait une pause dans le temps ou outil démocratique?

Pas le temps de faire une pause, l’exposition continue et présente des photographies de ponts situés en Chine. La pollution, qui est due à la sur-population d’automobiles, est mise en avant dans ces clichés. L’auto devient source de problème et la mécanique ennemie de l’homme. La lutte débute : les cadenas sautent, l’auto se déverrouille, avant de se retourner toute entière. En parallèle, le sujet de l’industrialisation, de l’usine et de la production sont mis sur la route du visiteur. Au début du XX ème siècle, l’industrialisation, notamment à Détroit par la marque Ford, a permis la création de nouveaux postes pour une population laissée à l’abandon. C’est généralement la population noire qui produit et la population blanche qui achète. Le rêve… le rêve survient dans l’esprit de la population moins aisée. Le rêve de posséder à leur tour un trousseau de clef et de prendre la pose devant leur belle carcasse. Des micros photographies ont été exposées: des familles devant leurs objets de convoitise qui ne sont autres que leurs voitures. Ou encore, des mariés cubains dans des voitures américaines. Alors, la voiture devient emblème de classe sociale, un objet de prestige et de désir.

L’image extérieure de la voiture peut être considérée comme prestige sociale mais que se passe t-il sous son capot ?  La prostitution, lieu de passage, lieu d’interdit, lieu secret est liée à ses entrailles. La photographie se transforme elle aussi. Elle n’est plus outil démocratique ou outil de l’histoire mais devient outil de recherche pour la police. En effet, sur le côté gauche du mur, des photos officielles d’enlèvements ou de reconstitution de scènes de crime sont exposées. Et de l’autre côté du mur se dresse une nouvelle forme de photographie: la photo volée. Les personnages présents à l’intérieur des voitures se cachent, des détails sont divulgués et des femmes trop maquillées sont exposées.


Le rôle de la femme tient sa place tout au long de cette exposition. L’émancipation sonne et les pin-up conduisent seules. La photographie devient art, une explosion de couleurs fashy, girly qui souligne le maquillage too much des modèles. En dessous de ces photos se trouvent des citations. Ces femmes témoignent du jugement que la société émet. La femme pin-up au volant est rejetée par une société où la domination masculine et la voiture sont aimantés. Pendant cette exposition, l‘homme se retrouve à côté de sa voiture et à côté de son épouse. Deux objets de désir mettant en avant la domination masculine. Comprenons que le jugement pouvait apparaître ainsi car l’émancipation de la femme n’était pas encore établie et que l’automobile était davantage une pression masculine. A la fin de l’exposition, le rôle de la femme évolue et s’impose dans la société non plus à côté du mari mais à côté de l’objet qui est aujourd’hui un objet miroir : sa voiture.

Il faudra attendre les salons automobiles afin de voir des modèles féminins présentant des voitures prestigieuses sans l’homme à ses côtés. Notons une transformation de l’image féminine. De nos jours, la femme exposée n’est plus mère de famille mais une bimbo/pin-up posant à côté d’une voiture luxueuse. Elle n’est pas dans la voiture mais à l’extérieur, comme exclue de la sphère masculine. De l’image maritale à l’image sexuelle, la femme est empruntée afin de permettre aux hommes d’acquérir leurs nouveaux bijoux. Alors, dans le monde de l’automobile, son statut se résume t-il à celui d’une voiture: être un objet ? 

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