Un jour en rave: Zoom sur l’exposition d’Olivier Degorce

Olivier Degorce nous a accordé une interview. Il expose actuellement à la Galerie Intervalle, dans le 20e arrondissement de Paris: They came, they party’d, they left regroupe une série de photos prises en rave et évoque une série de portraits de nos DJs actuels.


(Rave à l’aqualand de Gyf-sur-Yvette, 1992)

Bonjour Olivier. Peux-tu te présenter en quelques mots?  
Olivier, artiste plasticien. Ma profession est auteur et photographe. Je navigue librement, j’utilise principalement la photo mais aussi la vidéo. J’ai fait quelques vidéos dans les années 90 pour détroit label techno et technolika.

D’où vient le nom de ton expo? Est-ce une touche nostalgique des années 85-90?
Le nom de mon expo vient de Gary Martin. C’est lui qui m’a donné le nom de cette expo, ce n’est pas du tout nostalgique. Je ne regrette pas cette époque. L’underground résistance était un nouveau mouvement, qui sortait du nul part, une vague un peu barrée. C’était un beau rassemblement pour faire la fête et partager avec tout le monde.

Quels étaient tes ressentis au début des première raves?
J’ai commencé à écouter de l’acid house en 87-88. Au début, il n’y avait pas d’appareils dans les soirées. La musique nous réunissait. J’ai commencé à avoir un petit appareil pocket vers 91-92 et j’allais dans les raves cachées. Je voulais sauvegarder ce moment unique. Je n’étais pas du tout reporter photo et je n’y allais pas du tout pour couvrir les évènements. Je voulais juste m’amuser et capturer des instants de soirées. Il y en a qui collectionne des assiettes en porcelaine, moi c’était les photos. On était tous dans une pièce noire, et on venait tous pour faire la fête, pour l’amour du son. Je dois avouer qu’à la base je suis plus du courant new wave, rock, et là, dans ces raves, on se demandait qu’est ce qu’était ce son. On était tous égaux, il n’y avait pas de jugement, tout le monde venait comment il était, peut importe l’habit, la classe ou autre. Tout le monde acceptait la grosse baffe qu’il se prenait.
De plus, Paris était une plaque tournante, le lieu de passage de tous les djs internationaux. Américains, italiens, allemands, français, ils avaient tous un refuge très spécial à cette époque : RADIO FG. Avant les raves, il y avait souvent des évents à la radio.

Décris nous ton procédé photographique
J’avais deux types d’usage. Premièrement, les photos volées prises à l’aide de mon argentique, celles qui étaient prises pendant les raves. Je ne regardais même pas l’objectif ce qui explique les cadrages hasardeux. Dans une rave, je prenais peut-être trois ou quatre photos. Et deuxièmement, les photos cadrées prises avec mon reflex. Je shootais les détails, les poubelles, les piercing, les cicatrices, les cheveux.
Les djs aimaient bien les détails, car il n’y avait pas encore de starification dans ce milieu, tout était caché, voir interdit.

Pourquoi as tu voulu exposer maintenant?
J’ai fait plusieurs projets avant cette expo. J’ai écris un livre, Normal People, où se trouve 200 djs que j’ai photographié. Je les ai photographié dans les raves mais aussi en portraits officiels. Comme je l’ai dit plus haut, Paris était un lieu de passage important pour la musique électronique. Début des années 90, je prenais des photos-portraits de djs à visée d’avantage professionnelle.
L’organisation de l’exposition s’est déroulée par pur hasard. Des rencontres, des discussions et puis une expo.

Que penses-tu de l’évolution de la musique électronique, qui était pour toi novatrice, «sortie du nul part»?
Aller en rave était le moyen d’appartenir à une histoire qui commençait. Le fait que les raves étaient cachées était fun pour nous. Le seul moyen de connaître et d’accéder à la teuf était par le bouche à oreille. Il ne faut pas être nostalgique si aujourd’hui tout est différent. Le principe est le même: faire la fête, s’amuser, sauf que la technologie a avancé. Le son a évolué et même si les jeunes actuels ne sont pas au départ du mouvement, mais qu’ils sont bel et bien ancrés dans ce mouvement, il y aura toujours de la nouveauté. Il y aura toujours un nouveau morceau avec des sonorités différentes. Cela se rapproche des raves finalement, car il n’y avait pas que de la techno.  L’éventail des styles était ouvert. Maintenant, chaque style a su se transposer en musique électronique. A la base cette musique pour les anciennes générations (celles de nos parents) était l’horreur. Les médias descendaient ce nouveau genre partout. Aujourd’hui, pour les nouvelles générations, (celles qui sont sûrement en train de lire cet interview) l’électronique paraît normal car les médias s’en sont emparés. On vit dans un monde technologique de l’immédiateté et du virtuel. Les jeunes ont l’habitude de l’électronique et finalement cette musique correspond à leur époque. C’était avant gardiste dans les années 90. Nous, à l’époque, on voulait briser avec le disco, le rock, tout ce qui pouvait exister. Vous, vous voulez continuer, poursuivre, ne jamais oublier et toujours faire perdurer ce mouvement des années 90. C’est cela que je trouve chouette et qui permet son développement.

Trouves-tu que la commercialisation de la musique électronique en club est la continuité logique des raves en plein air?
Aujourd’hui, les jeunes viennent me voir en disant : « Je regrette l’ancien temps ». Ils sont complètement désemparés. Avec les nouvelles technologies, tout avance plus vite, c’est un atout. Par exemple, à mon époque, je galérais à m’acheter des pellicules, je galérais à trouver les raves. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus accessible via Facebook ou autre. La commercialisation de la musique électronique est la continuité logique des raves, car les médias et l’opinion publique a accepté ce type de courant. D’où l’apparition de l’électronique en club. Et puis, cela va avec l’époque.  Ce qui est sûr est que la musique perdura toujours et encore, sauf qu’elle sera beaucoup plus variée et pointue aujourd’hui. Le matériel évolue et c’est une chance.


(Sex Toy & La Bourette, Paris 1995)


(After à l’hôpital Saint Louis, Paris, 1992)


(DAFT PUNK – Thomas Bangalter, Ibiza, 1996)


(Daft Punk, Manuel de Homem-Christo Ibiza, 1996)


(Miss Kittin, Radio FG, Paris, 1996)


(Carl Cox, dans un hôtel du Bourget, 1994)


(Jeff Mills, Rave à l’Abbaye Royale du Moncel, USA,1993)


( Laurent Garnier, Rave à l’arche de la défense, Paris, 1992)


(Per, Paris, 1994)

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